« Les réflexions historiennes sur le devenir de la religion dans la modernité ont été longtemps dominées par une hypothèse centrale : le recul irrémédiable de la place et de l'importance du fait religieux dans un monde sécularisé. Les événements récents ont montré que cette évolution n'était peut-être pas si simple et définitive, même si le retour du religieux sur la scène publique ne signifie évidemment pas que le mouvement de déchristianisation de la société occidentale se soit inversé. Après qu'elle a semblé s'en retirer, voilà donc que la religion réapparaît sur le terrain politique, ce qui ne va pas sans susciter questionnements voire inquiétudes. Dans ce contexte, il a paru utile à notre Société de revenir sur l'histoire des liaisons, que d'aucuns décrivent comme dangereuses, entre religion et politique, et de s'attarder sur certaines étapes d'un processus de séparation, de sécularisation, de laïcisation entamé dès le XIXe siècle, dont le déroulement n'est pas aussi linéaire qu'on l'imagine parfois. Dans cette rapide traversée de deux siècles, nous avons choisi quelques moments, en fonction d'un état de la recherche en cours certes, mais qui n'en permettent pas moins de mesurer le chemin parcouru, l'évolution des préoccupations tout comme le poids des contextes.

A la lecture des contributions de Bernard Reymond, Vincent Callet-Molin, Valérie Lathion, Francis Python, Stéphanie Roulin, Consuelo Frauenfelder et Sylvie Guillaume, la question surgit naturellement : la religion a-t-elle vraiment jamais quitté le terrain politique ? Et à considérer la société dans laquelle nous vivons, ne serait-elle que "soupir de la créature accablée, cœur d'un monde sans cœur" ? La religion ne semble pas prête d'abandonner ce terrain ! »

Extrait de l'introduction d'Alain Clavien


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